Docteur Jekyll et Mister Hyde (Dr. Jekyll and Mr. Hyde)
- John S. Robertson
Avec
- John Barrymore
- Charles Lane
- Brandon Hurst
- Marsha Mansfield
- J. Malcolm Dunne
- Fiction
- États-Unis
- Sans dialogue
- 1920
- 78 min
- Noir et blanc
Drame/Horreur
Obsédé par les mystères de l’âme humaine, le docteur Henry Jekyll a mis au point un sérum lui permettant de dissocier le Bien du Mal. Mais en l’expérimentant sur lui-même, il libère son double monstrueux, Edward Hyde, ouvrant la voie à une violence désormais incontrôlable.
On croit ne plus rien avoir à apprendre des adaptations de Stevenson. Et pourtant, en redécouvrant le chef-d’œuvre de John S. Robertson, on s’aperçoit que l’essentiel était déjà là. Non seulement il s’agit de la première lecture majeure du roman, mais elle demeure sans doute la meilleure, surpassant même celles, pourtant excellentes, de Rouben Mamoulian (1931) avec Fredric March et de Victor Fleming (1941) avec Spencer Tracy. Le scénario, signé par Clara Beranger, l’une des plus grandes scénaristes du cinéma muet américain, se révèle d’une fidélité remarquable au matériau d’origine, en préservant les enjeux sociaux et métaphysiques que les adaptations ultérieures abandonneront souvent ou édulcoreront.
Profondément victorienne, cette adaptation traite frontalement du poids de la morale, de la répression des désirs et de la lutte entre le ça et le surmoi. Cette réflexion sur le désir ne retrouvera d’équivalent qu’avec Borowczyk, soixante ans plus tard.
Formellement, c’est presque révolutionnaire. Aussi américain que soit le film, il semble déjà annoncer le cinéma expressionniste allemand, à travers ses décors labyrinthiques, ses ombres tranchées et ses éclairages contrastés. Bien avant les grands classiques d’Universal, Robertson fait preuve d’une modernité saisissante : longs travellings, surimpressions, jeux de miroirs, effets de perspective et impressionnantes métamorphoses qui donnent l’impression d’être filmées en temps réel, grâce au maquillage, aux effets photographiques, et au jeu de l’acteur. Car n’oublions pas l’essentiel : la performance légendaire de John Barrymore, qui invente presque à lui seul un langage corporel du monstre. Hyde ne naît pas seulement du maquillage, mais d’un corps qui se déforme sous nos yeux, comme si le Mal modelait progressivement la chair. Une incarnation sidérante de la dualité humaine..
Scénario : Clara Beranger, d’après le roman de Robert Louis Stevenson
Photographie : Karl Struss, Roy F. Overbaugh
Production : Adolph Zukor